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Congo : Yvon-Didier Miehakanda, Coordonnateur du projet CAB-Congo : « A ce jour, le Congo est interconnecté avec deux pays, il s’agit du Gabon et de la RDC »

Yvon-Didier Miehakanda dresse le bilan de la phase 1 des travaux d’interconnexion en réseau fibre optique entre le Congo et le Gabon, et annonce le lancement de la phase 2

Connect-News : Bonjour Monsieur Yvon-Didier Miehakanda, pouvez-vous nous faire un résumé de ce qu’a été la phase 1 des travaux menés par le projet Cab ?

Yvon-Didier Miehakanda : Au début de la phase 1 du projet CAB-Congo, la majorité des activités étaient relatives aux études et au renforcement des capacités des bénéficiaires comme le Ministère des Postes et Télécommunications, l’ARPCE ou l’Université Marien Ngouabi. À cela, nous pouvons ajouter la mise en place du CGIX, le 1er point d’échange internet de la sous-région, qui a été financé par le projet CAB-Congo. Dans la seconde partie de la phase 1, l’activité majeure a été la construction du réseau en fibre optique long de 504 kilomètres entre le Congo et le Gabon qui est déjà fonctionnel.

Toutefois, je tiens à souligner que la commercialisation de ce réseau n’a pas encore lancée, simplement parce que cela requiert d’une coopération entre les deux pays qui sera finalisée d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, il convient de relever que la responsabilité du projet CAB est de construire le réseau. C’est-à-dire de faire d’abord des études puis lancer des appels d’offre pour définir les sociétés adjudicataires, de coordonner la réalisation des travaux et enfin, une fois les travaux terminés, remettre le réseau au bénéficiaire qui est le Ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Economie Numérique. Notons que l’inauguration de ce réseau a eu lieu en Décembre 2017.

Toujours dans le cadre de cette phase 1 du projet, nous avons procédé à l’interconnexion par fibre optique des onze instituts de l’Université Marien Ngouabi entre eux et de leur connexion à internet ainsi que du déploiement d’une couverture wifi sur tous les campus. Aujourd’hui, l’université est en train de mettre en place l’administration de ce réseau afin que ses 33.000 étudiants puissent se connecter.

CN : Comment se fait le maintien et l’entretien de ce réseau aujourd’hui ?

YDM : Le ministère des Postes, Télécommunication et de l’Économie Numérique ainsi que le Ministère de l’Économie en charge du Portefeuille Public ont signé un contrat de délégation de service du réseau de télécommunication avec la société SKYTIC Télécom au travers de leur filiale Rofa, qui a pour mission de gérer, commercialiser, exploiter, entretenir, et maintenir le réseau de télécommunication par fibre optique sur l’axe Congo-Gabon. Donc, le projet CAB a transféré sa responsabilité.

Il faut cependant comprendre qu’étant donné que la commercialisation n’a pas encore débuté, il est très difficile pour SKYTIC Télécom de gérer efficacement ce réseau, puisqu’il n’y a pas encore de revenu généré.

Je tiens à indiquer qu’il aurait été préférable de laisser la responsabilité du réseau après sa construction au projet CAB pendant un ou deux ans, afin qu’il mette en œuvre l’amorçage et qu’il le remette au gouvernement une fois que la gestion et la commercialisation aient été mises en place. Cela aurait permis aux entreprises délégataires de mieux se préparer pour la gestion de cette infrastructure. Toutefois, c’est ce que nous envisageons pour la phase 2 de ce projet.

CN : A ce stade quels sont les pays qui n’ont pas encore été interconnectés avec le Congo ?

YDM : A ce jour, le Congo est interconnecté avec deux pays, il s’agit du Gabon et de la RDC. Cependant, il convient de préciser que l’interconnexion avec le Gabon a été faite par le projet CAB, et celle avec la RDC par Congo Télécom. Dans le cadre de la phase 2 du projet CAB, le Congo sera cette fois-ci interconnecté au Cameroun et à la RCA. Nous étudions également l’interconnexion à l’Angola via le Cabinda.

CN : Pouvons-nous savoir quand la phase 2 sera-t-elle lancée et en quoi consisteront les travaux ?

YDM : Nous pouvons dire que les activités de la phase 2 ont déjà débuté étant donné qu’en 2018 nous avons lancé des appels d’offres en trois lots : i) lot des travaux de génie civil terrestre pour l’interconnexion avec le Cameroun qui sera exécuté par la société chinoise CCSI; ii) lot des travaux de génie civil sous fluvial pour l’interconnexion avec la RCA. L'interconnexion se fera en partant de la localité de Pokola jusqu'à Bomassa, en passant par Ouesso et Kabo puis jusqu’ à la localité de Salo en RCA en passant par Bayanga. Les travaux seront exécutés par la même société ; iii) fourniture d’équipements de télécommunications, exécuté par la société Huawei.

Au moment où je vous parle, nous finalisons les contrats qui seront probablement signés d’ici la fin du mois de Mars 2019.

En ce qui concerne les travaux terrestres, nous commencerons par creuser les tranchées avec des machines mais aussi manuellement parce que nous voulons créer de l’emploi dans ces localités. Ensuite il y aura la pose de la fibre et enfin la construction des centres techniques pour l’installation des équipements actifs. Les travaux de l’interconnexion sous fluviale avec la RCA seront plus compliqués dû à la profondeur des eaux limitée et qui varie en fonction des saisons. Au regard de cela, nous poserons la fibre sur une distance de 300 Km. Les travaux termineront certainement à la fin de l’année 2020, parce que dans la Sangha nous ne pouvons travailler qu’entre octobre et décembre quand le niveau d’eau est suffisant. Sur la partie terrestre, les travaux pourraient débuter au cours du mois de Juillet 2019 lorsque toutes les étapes de mobilisation du personnel et des équipements qui doivent venir de l’étranger auront été amorcées.

CN : A combien s’élève le financement de ces travaux et comment est-il réparti entre le Congo et ses partenaires ?

YDM : Le financement de toute la phase 2 du projet CAB s’élève soixante-six millions d’euros soit quarante-trois milliards deux cents quatre-vingt-seize millions de CFA, 78% supporté par la BAD et 22% par le Congo et ceci fait partie des premières ententes. Suite à la crise financière que subit le Congo depuis quelques années, sa charge a été annulée. Finalement, c’est la BAD qui prendra en charge tous ces travaux c’est-à-dire la construction des réseaux et du data center national. En ce qui concerne cette dernière infrastructure nous avons déjà lancé les études mais faute de terrain, il nous est difficile de les terminer. Nous sommes en pourparlers avec le ministère des affaires foncières pour qu’il mette à notre disposition un espace de 10 à 20 hectares pour la construction du data center et la technopole. 

CN : Une fois terminée l’interconnexion de la sous-région en réseaux fibre optique, quelle sera la prochaine étape ?

YDM : Nous n’avons pas encore déterminé la phase 3 du projet CAB au Congo par contre nous y réfléchissons. A cet effet, nous avons réuni la plupart des acteurs du numérique au Congo pour en discuter. Je tiens à indiquer qu’il nous reste encore beaucoup à faire pour qu’on parle réellement d’économie numérique au Congo. A cet effet, il faudrait investir dans les formations, la cyber sécurité, la création de contenus et favoriser le développement de cet écosystème pour pouvoir favoriser l’émergence des startups. Nous sommes conscients que la jeunesse au travers des startups attend beaucoup de nous, et l’infrastructure est la fondation sur laquelle l’économie numérique sera bâtie.

CN : Monsieur le coordonnateur, malgré toutes les infrastructures à fibre optique déployées aujourd’hui au Congo, les usagers ne cessent de se plaindre des tarifs de l’internet. Selon vous à quoi cela est dû?

YDM : Je tiens d’abord à préciser que les tarifs de l’internet ont bien baissé depuis quelques années, bien qu’en 2018 l'ARPCE avait dû  les revoir légèrement à la hausse parce que la guerre des prix entre opérateurs tirait le marché vers le bas. En ce qui concerne la fibre optique, le projet CAB a pour mission d’interconnecter les pays de la sous-région et sur le plan national il y a le Projet de Couverture National (PCN) qui consiste à doter le Congo des infrastructures à réseaux fibre optique, mené par la Délégation Générale des Grands Travaux et Congo Télécom. Depuis plus d’une année ces deux institutions procèdent au déploiement du dernier kilomètre (last mile), c’est-à-dire emmener la fibre dans les ménages congolais ainsi que dans les entreprises. Cette dernière étape est plus complexe que le déploiement de la fibre dans tout le pays, car elle consiste à connecter des dizaines de milliers de bâtiments.

Aujourd’hui Congo Télécom commercialise 4mb/s en fibre optique (en volume illimité m) à trente-cinq mille Francs CFA le mois. Plus il y aura de clients, à mesure que le dernier kilomètre sera déployé, plus les coûts baisseront.

Dernière modification le vendredi, 08 février 2019 16:10

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